Mise sous tutelle : dans quels cas et comment ça se passe ?

Quand un proche âgé perd progressivement la capacité à gérer ses affaires, la question de la protection juridique se pose souvent brutalement, au détour d’un problème administratif ou financier. La tutelle est la mesure la plus connue, mais aussi la plus mal comprise. Je vous explique comment elle fonctionne concrètement.

Qu’est-ce que la mise sous tutelle ?

La tutelle est une mesure de protection juridique destinée aux personnes majeures qui ne sont plus en capacité de pourvoir seules à leurs intérêts, en raison d’une altération de leurs facultés mentales ou corporelles empêchant l’expression de leur volonté. C’est la mesure de protection la plus complète : contrairement à la curatelle, la personne sous tutelle est représentée par son tuteur pour la quasi-totalité des actes de la vie civile.

Concrètement, cela signifie que le tuteur agit au nom du majeur protégé pour gérer ses comptes bancaires, payer ses factures, signer certains contrats ou encore le représenter dans des démarches administratives.

Dans quels cas la tutelle est-elle mise en place ?

La tutelle concerne principalement les personnes atteintes de troubles cognitifs sévères (maladie d’Alzheimer à un stade avancé, autres démences), de troubles psychiatriques importants, ou ayant subi un traumatisme crânien grave. Chez les personnes âgées, c’est souvent la perte progressive des capacités de discernement qui motive la demande, parfois révélée par des situations concrètes : factures impayées malgré des ressources suffisantes, signature de contrats désavantageux, ou incapacité à gérer son quotidien administratif.

La tutelle n’est en revanche jamais automatique : elle doit être justifiée par un certificat médical circonstancié, rédigé par un médecin inscrit sur une liste établie par le procureur de la République.

Qui peut demander une mise sous tutelle ?

La demande peut être faite par la personne elle-même, son conjoint, un membre de sa famille (enfants, frères et sœurs), une personne entretenant avec elle des liens étroits et stables, ou encore le procureur de la République, notamment à la demande d’un médecin ou d’un travailleur social. C’est le juge des contentieux de la protection (anciennement juge des tutelles), au tribunal judiciaire, qui reçoit la requête et instruit le dossier.

Comment se déroule la procédure ?

La procédure suit plusieurs étapes bien définies :

  • constitution du dossier avec le certificat médical circonstancié ;
  • dépôt de la requête au tribunal judiciaire du lieu de résidence de la personne concernée ;
  • audition de la personne à protéger par le juge, sauf si son état de santé ne le permet pas ;
  • audition des proches si nécessaire ;
  • décision du juge, qui peut prononcer la tutelle, une mesure moins contraignante (curatelle, habilitation familiale), ou rejeter la demande.

Le juge désigne ensuite le tuteur : en priorité un membre de la famille si la situation le permet, ou à défaut un tuteur professionnel (mandataire judiciaire à la protection des majeurs), notamment via une association comme l’UDAF.

Que devient l’argent et les biens de la personne sous tutelle ?

C’est une question qu’on me pose très souvent. Le patrimoine de la personne protégée ne disparaît pas : il reste sa propriété, mais sa gestion est confiée au tuteur, sous le contrôle du juge et, pour les décisions importantes (vente d’un bien immobilier par exemple), avec l’autorisation préalable du juge des contentieux de la protection.

Le tuteur doit tenir un compte de gestion annuel, présenté au greffe ou à un professionnel chargé de le vérifier. Une somme d’argent de poche reste généralement laissée à la disposition de la personne protégée pour ses dépenses personnelles courantes.

Tutelle et EHPAD : un lien fréquent

Il n’est pas rare qu’une demande de mise sous tutelle soit initiée au moment de l’entrée en EHPAD, notamment lorsque l’établissement ou l’équipe médicale constate une perte de discernement incompatible avec la gestion autonome des affaires courantes. Un EHPAD ne peut pas demander lui-même une tutelle en tant qu’institution, mais son médecin coordonnateur ou l’assistante sociale peuvent alerter la famille ou le procureur pour engager la démarche.

Combien de temps dure une mise sous tutelle ?

La mesure est prononcée pour une durée maximale de 5 ans, renouvelable après réexamen de la situation. Dans certains cas où l’altération des facultés est manifestement irréversible, le juge peut fixer une durée plus longue, jusqu’à 20 ans, sur avis médical.

Questions fréquentes sur la mise sous tutelle

Peut-on mettre quelqu’un sous tutelle sans son accord ?

Oui, c’est même la situation la plus fréquente : la tutelle concerne justement des personnes dont l’altération des facultés ne permet plus d’exprimer un consentement éclairé. La personne est néanmoins auditionnée par le juge, sauf contre-indication médicale.

Quelle est la différence entre tutelle et curatelle ?

La curatelle est une mesure moins contraignante : la personne conserve la capacité d’agir seule pour les actes du quotidien, mais doit être assistée de son curateur pour les actes importants (vente d’un bien, emprunt). La tutelle, elle, implique une représentation quasi complète par le tuteur.

Un tuteur est-il rémunéré ?

Un tuteur familial n’est en principe pas rémunéré, même s’il peut être indemnisé pour certains frais. Un tuteur professionnel (mandataire judiciaire) perçoit en revanche une rémunération encadrée, généralement prélevée sur les ressources de la personne protégée selon un barème national.

Peut-on mettre fin à une tutelle ?

Oui, la mainlevée de la tutelle peut être demandée si l’état de santé de la personne s’améliore, ou automatiquement au décès de la personne protégée. Elle peut aussi être remplacée par une mesure moins contraignante si la situation le justifie.

Que se passe-t-il en cas de désaccord entre les enfants sur la mise sous tutelle ?

C’est une situation fréquente. Le juge des contentieux de la protection tranche en dernier ressort, en s’appuyant sur le certificat médical et l’intérêt de la personne à protéger, indépendamment des désaccords familiaux. En cas de conflit important, la désignation d’un tuteur professionnel neutre est souvent privilégiée.

La tutelle est-elle récupérable sur la succession ?

La tutelle en elle-même n’a pas d’incidence directe sur la succession : le patrimoine géré par le tuteur reste celui de la personne protégée et se transmet normalement à son décès, selon les règles habituelles de succession.

En résumé

La mise sous tutelle est une démarche encadrée, pensée pour protéger une personne devenue vulnérable, pas pour la déposséder. Selon moi, bien comprendre son fonctionnement permet d’aborder plus sereinement cette étape, souvent vécue comme difficile par les familles.

Laure Arcadie
Rédigé parLaure Arcadie

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